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jeudi 2 juillet 2009

Ina ilahi wa ina ilahi rajun

Comme vous le savez, un avion s'est écrasé mardi matin au large de Mitsamiouli aux Comores, transportant 153 passagers provenant de Paris et Marseille et se rendant à Moroni à bord d'un A310 de la Yemenia Airways.
Ici c'est l'état de choc complet. Au-delà des différends politiques existant entre Mayotte et le reste des Comores, beaucoup de liens familiaux nous unissent avec les autres îles. Beaucoup de gens ont de la famille qui figurent parmi les victimes et si l'émotion est grande aux Comores ou dans la diaspora en France, c'est aussi le cas ici.

Comme les Comores indépendantes, Mayotte n'est pas accessible directement de la France (sauf avec Corsairfly). Et comme à Mayotte, les vols sont chers. Yemenia est la seule compagnie qui accepte de faire des longs courriers vers l'aéroport Prince Saïd Ibrahim. Je ne savais pas dans quelles conditions c'était fait, mais j'ai des amis qui ont expérimenté la chose : pas de ceinture, un personnel navigant qui laisse les malades livrés à eux-mêmes, pas de numéro de siège, des sièges qui sont pas fixés, etc. Ils tremblaient à chaque fois et priaient pour ne pas qu'il arrive quelque chose. Malheureusement, pour ceux qui ont pris l'avion mardi, ils ont eu moins de chances. Si Yemenia n'est sans doute pas innocente (l'avion en question était interdit de vol sur le territoire européen), beaucoup de questions se posent.

Les associations comoriennes disent avoir prévenu les autorités des conditions déplorables dans lesquelles se fait le vol Sanaa-Moroni. Dans ce cas, pourquoi les autorités comoriennes n'ont pas renforcé les contrôles ? Sans doute, parce que Yemenia étant la seule compagnie desservant presue tous les jours Moroni, lui dire "dégagez" pour un pays qui n'a pas de compagnie nationale aurait été difficile à faire. Il paraît que leurs tarifs sont imbattables : de 400 à 600 € de moins en haute saison qu'Air Austral ou Kenya Airways (qui font le voyage à 1500 € minimum). Ils permettent aussi d'embarquer 40 kg par passager (contre 25 pour KA et AA). Le Comorien aimant bien voyager chargé pour ramener plein de choses à la famille au pays, tout attire les voyageurs vers la Yemenia. Connaissant l'importance des mariages et autres manifestations communautaires au pays, c'est vraiment difficile de ne pas y participer. Pour des familles de 5 personnes, économiser 600 € par personne, c'est énorme, ils ne se posent pas la question. Et normalement, les passagers de Yemenia sont en droit d'attendre des prestations correctes sur tous les vols et non pas que sur le tronçon qui relie l'UE. perso, je n'avais jamais mis les pieds sur Yemenia, et sauf si je suis obligé d'aller à Sanaa ou Aden, je ne pense pas que je le ferai un jour. Il ne faut jamais dire jamais, mais là c'est mal parti pour.

La détresse des familles de victimes à l'aéroport de Marseille. Photo : Oxy


The distress of families victims of Yemenia Airways' crash in Comoros at Marseilles airport. Photo : Oxy

Le vice-président Idi Nadhoim a dit à la télé que les Comores et la France ont des accords bilatéraux en aviation civile et que Moroni n'avait pas été averti de l'état de l'Airbus de la Yemenia. Mais, pourquoi en tant que pays souverain, ils n'ont pas contrôlé l'avion ou même demander d'eux-mêmes aux Français de les aider à contrôler cet avion de temps en temps ? Est-ce à la France de contrôler les avions qu'ils ont interdit chez eux et qui volent ailleurs ?

Les accidents peuvent arriver, l'Airbus d'Air France en a été l'un des exemples les plus frappants malheureusement. Mais, si on peut limiter les causes d'un accident, il ne faut pas hésiter. Le directeur de la Yemenia a parlé de mauvaises conditions météos. c'est vrai, ça souffle fort depuis une semaine. Mais, au vu des réactions de tous les passagers, cela me semble léger comme explication. Ils offrent 20 000 € à chaque famille, comme si l'argent pouvait acheter leur silence. J'espère qu'une action judiciaire sera faite pour que toute la lumière soit faite sur ce tragique accident.

Quant à la liste noire mondiale, cela peut être une bonne initiative, mais au nom de quoi les pays occidentaux vont imposer leurs règles au monde entier. Certes, les contrôles sont plus sérieux en Europe ou aux Etats-Unis, mais si un avion chinois décide de relier la Chine à la Birmanie, est-ce que ça regarde les autorités européennes ? tout ça pour dire que je suis sceptique. Quand bien même Yemenia est sur une liste noire, si les gouvernements yéménites et comoriens décident du maintien de la ligne, elle restera et ils pourront opposer leur souveraineté à quiconque à quelque chose à redire. Au pire, les passagers iront chez Kenya ou Air Austral, mais je ne vois pas Yemenia disparaître du ciel comorien. Le mieux serait qu'ils améliorent les choses, mais là encore, je suis circonspect. Quel moyen de pression a le gouvernement comorien ?

Toutes mes condoléances aux familles des victimes.

jeudi 27 mars 2008

Wandzuani wa ja hasera

Salut à tous,
Bon ce moment, c'est la psychose à Mayotte, surtout chez les Blancs. En effet, si vous suivez l'actualité, un débarquement des forces de l'Union africaine s'est fait sur l'île d'Anjouan (voir ma carte de l'archipel des Comores plus bas)pour déloger son dictateur, Mohamed Bacar. Celui-ci avait organisé une élection l'an dernier, non reconnue par le gouvernement fédéral, ni par l'UA. Alors, le gouvernement de l'Union et son président Ahmed Abdallah Sambi dit Ayatollah on décidé de le virer de son poste.

Le président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi


The Union of Comoros President, Ahmed Abdallah Sambi

Le problème c'est que Mohamed Bacar s'est échappé pour venir à Mayotte. Ici, vivent de nombreux Anjouanais qui ont été torturé par le régime Bacar. Ils ont mal pris le fait que celui-ci soit sur le sol français, protégé par la France au vu de tous ses forfaits. Ils veulent qu'il soit jugé à Moroni. Alors ils ont d'abord essayé de s'en prendre à la maison du frère de Bacar qui travaille à Mayotte. Mais comme par hasard, il y avait des CRS qui ont protégé la maison où les deux frères ont passé la nuit.
Ensuite, il a été emmené à l'aéroport pour attendre un avion pour la Réunion, puisqu'il a demandé l'asile politique. Inconcevable pour les Anjouanais qui ont essayé d'atteindre en masse l'aéroport. Celui-ci a été bouclé par les CRS et la gendarmerie et du coup, les Anjouanais de Grande-Terre se vengent sur les Wazungu, les Blancs. Ils sont assimilés à la France et son gouvernement, un de mes collègues a eu sa femme agressée, d'autres ont vu leur véhicule caillassé et brûlé, c'est une véritable chasse au Blanc qui s'opère en ce moment. Il est 16 h, les magasins sont fermés depuis 10 h et tous les Blancs se demandent comment ils vont rentrer chez eux. D'autres hésitent à le faire, puisqu'ils résident dans des Muzunguland, des quartiers exclusivement Blancs.

Mohamed Bacar, ancien président de l'île autonome d'Anjouan aujourd'hui exilé au Bénin


Mohamed Bacar, the ex-president dictator of Ndzuani, now living in Benin

Pour ne pas renvoyer un dictateur à la justice de son pays, c'est encore Mayotte qui paie. Tout est fermé, les gens ont peur de se faire frapper, les forces de l'ordre ne protègent que l'aéroport et cela ne va pas arranger nos relations avec nos voisins Comoriens qui ne cessent de réclamer le retour de Mayotte dans l'Union. C'est une catastrophe, d'autant que le nouveau ministre Yves Jégo arrive demain pour signer le contrat de projet (financements pour le développement de Mayotte). Vu la situation, il se pourrait qu'il ne vienne pas, les Anjouanais vont sûrement en profiter pour le charger sévèrement, à moins qu'il ne vienne accompagné d'un millier de CRS.
Bon courage à lui !

Suite des émeutes de Mamoudzou


Fire following riots in Mamoudzou

Hi everybody,
I'm in my office and at the moment there are riots in the streets. People from Anjouan (see the map of Comoros below in a previous post) are very angry of the decision of the French government to send him in Reunion island. He's a dictator, he murdered, tortured many people who ran away from Anjouan to come here. So they want him to be arrested and judged in Moroni. So that's why they tried to catch him in his brother's house here, and then they reached the airport to avoid him to fly to Réunion. And they beat evry single White man or woman they meet in the streets. Some of them were injured, some have seen their motorbikes and cars burnt, so it's scary, no European or White people are in the streets, they're hidden in their office.
It's unfair to see that a problem coming from outside is ruining our life here. It's also very stupid from the French government to protect such a horrible man. The secretary of state in charge of French overseas Territories is coming here tomorrow, I guess he will face huge angry desmontrators and I hope that he will understand that when you take silly decisions in Paris, you may pay the consequences 10 000 km from there.

Ok so see y@

Faïd

jeudi 13 mars 2008

Ngazidja i suona machaka

Bienvenue à Iconi


Welcome to Iconi

Salut à tous,
Alors que nous sommes en pleine période électorale, j'ai réussi à m'échapper il y a quelques jours pour aller à la Grande Comore ou Ngazidja. J'en avais marre, on était sollicités constamment et j'ai craqué. Je suis donc parti chez Daoud, un ami de mon père. C'est la première fois que j'allais là-bas. Je n'avais aucune idée de ça que ça pouvait être. La seule chose que je savais, c'est que dans les Comores indépendantes, la vie est dure, c'est pour ça d'ailleurs qu'ils viennent à Mayotte clandestinement. Pour améliorer leur vie principalement et pas pour devenir Français avec le droit du sol. Mais la polémique Estrosi a au moins eu le mérite de soulever le problème, ici à moyen terme, la population d'origine étrangère sera majoritaire et les Mahorais ont peur qu'ils remettent en cause l'appartenance française de l'île.

La famille Daoud


The Daouds

Le niveau de vie moins élevé qu'à Mayotte s'est confirmé très vite. Quand j'ai vu la gueule des taxis, je me suis dit pourvu que je ne monte pas dans un cerceuil roulant ! Auparavant, au contrôle des frontières, j'ai pas mal attendu. Comme vous le savez peut-être, l'Union des Comores revendique Mayotte. Par conséquent, quand on arrive à Hahaya, les Mahorais sont considérés comme des Comoriens. par conséquent, on ne paie pas de visas. En revanche, les Français non Mahorais doivent payer un visa de 15 €. A la sortie, on doit payer une taxe d'un euro et par contre on fait la queue au commissariat de Moroni avec les autres "étrangers d'origine comorienne". "Les étrangers d'origine étrangère" eux ont un guichet moins chargé.

L'ancienne Grande Mosquée de Moroni dans le quartier de Badjanani. L'Arabie saoudite en a financé une plus grande, non loin de là


The Old Great Mosque of Moroni in Badjanani, next to the port. Saudi Arabia funded a new one which is not far from there.

La route menant Hahaya à Moroni est mal entretenue. Il y a des trous partout, c'est pire qu'à Mayotte, un peu comme en Ouganda. Pas étonnant que les voitures morflent, sauf évidemment les gros 4x4.
Daoud habite à Iconi, à moins de 10 km au sud de Moroni. C'est une des anciennes capitales de Ngazidja et c'est le village natal du Prince Saïd Ibrahim, un des héros nationaux des Comores. La crique, la falaise (nommé Djabal, soit montagne en arabe) sont magnifiques, tout comme les bangwés, ces places traditionnelles où les hommes, jeunes ou notables refont le monde. J'ai été bien accueilli par Mama You ou Mme Daoud, et leurs trois filles, Yousra, Nasra et Nasriya. Ils habitent dans une maison au sein de la médina, ça change de chez moi ou chez mes parents.

La plage d'Itsandra, une des plus belles de la Grande-Comore, à quelques minutes de Moroni


Itsandra's beach, one of the most beautiful beach of Comoros, few minutes away from downtown Moroni

Si je suis allé à Ngazidja, c'était aussi pour assister à un match de ligue des champions africaine opposant le champion comorien, Coin Nord de Mistamiouli et les Mauriciens du Curpipe Starlights. Alors il a fallu que je fasse les démarches pour avoir l'accréditation et le transport pour y aller. Le soir même, j'ai expérimenté les turpitudes de la Ma-Mwe (Madji na Mwendje ya Komor, ou Eau et électricité des Comores).

Daoud dans la médina de Moroni


Daoud in the medina of Moroni

Celle-ci n'a pas les moyens de payer le pétrole pour produire l'électricité alors les Comoriens sont soumis à des coupures intempestives de courant et d'eau. Sur les 5 jours passés là-bas, j'ai eu 4 soirées dans l'obscurité et trois jours sans eau du robinet (à ne pas boire, mais c'est bien utile pour se laver !).

Le port aux boutres de Kalawéni à Moroni. Daoud m'a raconté qu'à marée haute, ils déplaçaient les bateaux pour qu'à marée basse ils y jouent au foot


The traditionnal boats port of Kalaweni. My dad used to play football there with Daoud

C'est pénible, mais les Grands Comoriens s'y font. Il faut dire qu'avec les différentes dictatures, la corruption, le pillage des caisses de l'état, ils se sont habitués à ce que pas grand chose ne marche. Les profs et autres fonctionnaires ont 6 mois d'arriérés de salaires et sont fatigués de faire grève pour tenter de récupérer l'argent qui leur est dû. C'est donc la débrouille totale pour essayer de survivre et un franc et un franc. Les temps sont d'autant plus durs que l'armée en guerre à Anjouan voit toute la viande et autre nourriture acheminée vers les troupes stationnées à Mohéli.

La ligue des champions à Mitsamiouli se joue sur terrain synthétique


The African Champions League is played on an artificial pitch in Mitsamiouli

Daoud en a profité pour me faire découvrir les lieux sur lesquels il a vécu avec mon père. Je suis allé au lycée Saïd Mohamed Cheikh, j'ai visité le centre de Moroni avec sa vieille Mosquée du Vendredi à Badjanani, le port aux boutres de Kalaweni et bien d'autres encore. J'ai pu aller à Itsandra et sa magnifique plage de sable blanc, par contre je n'ai pas eu le temps d'aller au sommet du Karthala.

Le Taurus en feu au port de Moroni. Il devait transporter du carburant pour l'armée comorienne à Anjouan


Taurus burning. It was supposed to move petrol to the Comorian army in Mwali

Avecun cratère de 25 kilomètres de circonférence, c'est l'un des plus gros volcans du monde. Par contre, j'ai eu du mal avec le shingazidja, la langue parlée là-bas. Certes, ça ressemble au shimaore, mais bon y a quand même pas mal de choses qui changent. Ce qui m'énervait, c'est qu'ils ne comprenaient pas que c'était dur pour moi. Mais bon ce sera peut-être pour la prochaine fois ?

A bientôt
Faïd

La grande mosquée d'Iconi


The Great mosque of Iconi

Hello everybody,
We will very soon elct our mayors but I'm tired to follow the wannabe mayors, so that's why I ran away to the office to take some days-off in Ngazidja. It is the biggest of the Comoros islands (see map on my previous post). I went to Daoud's, a friend of my father. That was my first time in Ngazidja and the conditions people live in are tough. Roads are bad, with big holes everywhere, power and current water are cut whenever the water and electricity company can't pay oil bills, which happens very often. During my stay in Iconi at Daoud's, power was cut every night.

Le bangwé d'Iconi. C'est une place où les gens discutent notamment les notables. Celui-ci date de l'époque des sultans au XVIe siècle


The bangwe of Iconi. It's the main square in a traditionnal town of Ngazidja. This one was built in the 16th century

I also went there to see anAfrican Football Champions Leaugue game between Coin Nord of Mitsamiouli (the Comorian champion) and Curepipe Starlights of Mauritius. Coin Nord won but on aggregate score, Curepipe eliminated Coin Nord.

Nasriya et un chapeau de Sada, mon village


Nasriya with my present, a hat from Sada my village

Daoud took advantage of my presence there to make me visit Moroni and the places where my dad used to live. Badjanani and its Friday Great Mosque, Kalaweni and his traditional harbour, many friends of my dad, Itsandra and its white sand beach, etc. The only thing I haven't done is climbing the Karthala. it is one of the biggest volcano in the world. maybe the next time I'll be there.

Coulée de lave du Karthala aux environs de Hahaya


Lava stream from the Karthala in Hahaya

See y@
Faïd