Bonsoir à tous,
Je reviens, un peu tard c'est vrai, mais ses derniers temps, le journal a été en ébullition. La dernière fois, je vous ai parlé de l'arrestation du DGA des finances de notre Conseil général pour trafic d'influence et corruption passive. Aujourd'hui, il est ressorti libre. Pendant 10 jours, ses collègues ont manifesté pour sa libération. Son corrupteur présumé est aujourd'hui en taule pour une autre affaire. Cela a fait ressortir les antagonismes entre Noirs et Blancs à Mayotte.
Beaucoup de gens bien placés dans les administrations ou le monde économique sont des Wazungu (pluriel de Muzungu, le Blanc en shimaore et swahili), par conséquent ils cristallisent toute l'animosité des autres et notamment de nombreux Noirs qui vivent au SMIG à 700 € bruts. Il faut dire que certains d'entre eux se comportent en colon, ce qui évidemment n'est pas acceptable.
Pendant tout ce raffut, la question de l'identité mahoraise est ressortie. Qu'est-ce qu'un Mahorais ? J'avoue que j'ai du mal à me positionner sur la question. Moi-même, on me traite de Muzungu. On me reproche pêle-mêle de ne pas bien parler le shimaore, de ne pas savoir planter et cultiver des bananiers, de ne pas savoir grimper aux manguiers et cocotiers, d'être né en France, d'y avoir vécu presque toute ma vie, etc. Evidemment, c'est vrai mais en même temps, je n'y suis pour rien ou presque. Heureusement ou malheureusement, on ne choisit pas là où on est et puis comme le dit si bien Romain Duris dans l'Auberge Espagnole, on est constitué de tous les lieux parcourus et de toutes les rencontres faites. Alors je suis Grenoblois, Anglais, Montréalais, Corse, Djiboutien, Mahorais et bien d'autres choses encore. Difficile de me détacher de tous les amis rencontrés d'un bout à l'autre de la planète, je les considère comme un enrichissement, mais bon, cela ne plaît pas forcément de voir quelqu'un de différent, alors si c'est ça être un Muzungu, ben pany problem comme disent les Antillais.
Mais bon les mêmes qui me traitent de Muzungu, me définissent comme un Mahorais face à de vrais Wazungu. Déjà si tu es Noir, c'est déjà un bon point. Tu comprends et parle un peu le shimaore ou le kibushi, c'est bien aussi, tu pratiques l'islam, là c'est au moins trois bons points. Tu sais cultiver, idem. Tu vas en tourisme sexuel à Madagascar, là tu commences à devenir un homme mahorais. Après pour le droit du sol, je ne sais pas s'il est applicable à cette notion de Mahorais. Certains comme Ida Nel, une Sud-Africaine qui a tout investi ici est là depuis plus de 20 ans et fait tourner l'économie mahoraise. Est-elle devenue une Mahoraise ? En tout cas, elle a eu son passeport français.
Avant, j'aurai mal réagi face à ces remarques, mais aujourd'hui, je me dis que je n'ai pas à avoir honte d'être ce que je suis et que finalement, ben ça m'a servi à quelque chose tous ses voyages. Ce matin par exemple, mes collègues ont englouti ma tarte aux pacanes (noix de pécan) que j'ai découvert au Québec. D'ailleurs si j'en refais, je vais liquider mon stock de sirop d'érable, alors avis aux Canadiens, si vous ne savez pas quoi faire de votre sirop d'érable, faites-en don à un ami de l'océan Indien.
Bon pour finir, voici une photo de costumes de mariage de chez nous. C'était pendant un défilé de mode mahoraise. Ce n'est-y pas beau ?
@ + amigos et hasta proxima
Faïd